Serial galerie

sans titre

Sans titre,
Agnès Thurnauer,
2012

Acrylique sur papier,
58 cm X 68 cm

œuvre originale,
encadrée

1 500,00 €

AT-10

Attention : dernières pièces !






 

Un cul majuscule, pour ne pas dire majestueux. Celui de l'artiste nue, de dos. Il se déploie triomphant sur le tiers inférieur gauche de la toile où elle est en train de peindre la figure bien connue de Suzon, la serveuse du Bar aux Folies Bergère de Manet. De part et d'autre, une horde de photographes. Le fond est rythmé par des lettres comme appliquées au pochoir.
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OBSESSION POUR MANET
Il y a tout Agnès Thurnauer là-dedans, ou presque : sa fascination pour la lettre et le mot, qui en ferait une lointaine héritière du mouvement Art & Langage, qui la pousse à les appliquer en premier sur la toile : l'image vient après, se forme autour.
Son obsession pour Manet aussi, qui lui fait voir dans un cliché montrant des photographes agglutinés autour de Michel Houellebecq lors de la remise du prix Goncourt un avatar des soldats du peloton de L'Exécution de Maximilien – d'où le titre du tableau dont il est question, L'Exécution de la peinture, redoublant le fait qu'elle se soit représentée la peignant. Et enfin le sacré culot qu'elle met à dialoguer avec les maîtres du passé, ses interlocuteurs préférés.
L'Exécution de la peinture est une des trente-quatre oeuvres d'Agnès Thurnauer, s'échelonnant de 1995 à 2014, exposées à la chapelle de l'Oratoire de Nantes (les Parisiens peuvent en voir d'autres exemples, moins nombreux, à la galerie de Roussan), en dialogue avec des tableaux de la collection du Musée des beaux-arts voisin.
DIALOGUE SURPRENANT, SINON DÉCOUSU
Elle n'a ainsi pas hésité à confronter son travail à celui de Tintoret, d'Ingres, de Picasso, une douzaine d'« invités » en tout, si prestigieux que l'on pourrait craindre de sa part une trop grande confiance en elle, pour ne pas dire pire, si elle n'était peintre, justement.
Et un peintre, il faut sans doute le rappeler à ceux qui ont oublié que ce métier perdure, malgré tout, cela dialogue avec d'autres peintres, et pas seulement au bistrot. Pour Thurnauer, Manet est tout autant son contemporain que Luc Tuymans, et il s'agit moins de citation que de dialogue. Lequel est parfois surprenant, sinon décousu. Aucun de ces sentiers peu battus ne devrait aller dans le même sens. C'est pourtant plusieurs chemins qui convergent dans ses toiles, mais aussi dans ses expositions.
Ainsi cette sculpture, baptisée Matrice, qui, pour elle, est encore de la peinture, ou plutôt la matérialisation de l'espace pictural : « Le langage pictural établit un espace dans lequel on se promène. Les primitifs italiens sont les premiers à nous le donner à voir dans des dispositifs picturaux qui condensent des histoires. Avec Matrice, j'ai donc réalisé des moules de lettres, ainsi ce n'est pas la lettre en tant que forme qui importe mais plutôt l'espace en creux qu'elle libère et dans lequel on peut circuler… J'aime l'idée que l'on arpente le langage comme on se promène dans un jardin… Avec Matrice, le langage est plus un espace qu'un outil. » Et d'ajouter : « J'avais envie d'une peinture libre, joueuse, inventive. » Ça ne devrait pas être permis.

Agnès Thurnauer arpente le langage de la peinture,

le monde du  30 04 2014, Harry Bellet

 

Un cul majuscule, pour ne pas dire majestueux. Celui de l'artiste nue, de dos. Il se déploie triomphant sur le tiers inférieur gauche de la toile où elle est en train de peindre la figure bien connue de Suzon, la serveuse du Bar aux Folies Bergère de Manet. De part et d'autre, une horde de photographes. Le fond est rythmé par des lettres comme appliquées au pochoir.



OBSESSION POUR MANET


Il y a tout Agnès Thurnauer là-dedans, ou presque : sa fascination pour la lettre et le mot, qui en ferait une lointaine héritière du mouvement Art & Langage, qui la pousse à les appliquer en premier sur la toile : l'image vient après, se forme autour.


Son obsession pour Manet aussi, qui lui fait voir dans un cliché montrant des photographes agglutinés autour de Michel Houellebecq lors de la remise du prix Goncourt un avatar des soldats du peloton de L'Exécution de Maximilien – d'où le titre du tableau dont il est question, L'Exécution de la peinture, redoublant le fait qu'elle se soit représentée la peignant. Et enfin le sacré culot qu'elle met à dialoguer avec les maîtres du passé, ses interlocuteurs préférés.


L'Exécution de la peinture est une des trente-quatre oeuvres d'Agnès Thurnauer, s'échelonnant de 1995 à 2014, exposées à la chapelle de l'Oratoire de Nantes (les Parisiens peuvent en voir d'autres exemples, moins nombreux, à la galerie de Roussan), en dialogue avec des tableaux de la collection du Musée des beaux-arts voisin.


DIALOGUE SURPRENANT, SINON DÉCOUSU


Elle n'a ainsi pas hésité à confronter son travail à celui de Tintoret, d'Ingres, de Picasso, une douzaine d'« invités » en tout, si prestigieux que l'on pourrait craindre de sa part une trop grande confiance en elle, pour ne pas dire pire, si elle n'était peintre, justement.


Et un peintre, il faut sans doute le rappeler à ceux qui ont oublié que ce métier perdure, malgré tout, cela dialogue avec d'autres peintres, et pas seulement au bistrot. Pour Thurnauer, Manet est tout autant son contemporain que Luc Tuymans, et il s'agit moins de citation que de dialogue. Lequel est parfois surprenant, sinon décousu. Aucun de ces sentiers peu battus ne devrait aller dans le même sens. C'est pourtant plusieurs chemins qui convergent dans ses toiles, mais aussi dans ses expositions.


Ainsi cette sculpture, baptisée Matrice, qui, pour elle, est encore de la peinture, ou plutôt la matérialisation de l'espace pictural : « Le langage pictural établit un espace dans lequel on se promène. Les primitifs italiens sont les premiers à nous le donner à voir dans des dispositifs picturaux qui condensent des histoires. Avec Matrice, j'ai donc réalisé des moules de lettres, ainsi ce n'est pas la lettre en tant que forme qui importe mais plutôt l'espace en creux qu'elle libère et dans lequel on peut circuler… J'aime l'idée que l'on arpente le langage comme on se promène dans un jardin… Avec Matrice, le langage est plus un espace qu'un outil. » Et d'ajouter : « J'avais envie d'une peinture libre, joueuse, inventive. » Ça ne devrait pas être permis.

 

 

 

 

 

Comment être peintre aujourd’hui ? Eleanor Heartney - 2006 

(…) Comment être peintre aujourd’hui ? Pour Agnès Thurnauer, la réponse consiste à réinventer la peinture comme champ d’intersection de diverses forces extérieures. Elle existe, non comme chose en soi, mais comme relevé cartographique d’états mentaux en perpétuel devenir. Entre ses mains, la peinture sert de terrain où sont invités à interagir les divers langages du monde de l’art, de la politique, de la culture populaire et de la science. Une scène aperçue dans la rue, un article de journal, un fragment emprunté à l’œuvre d’un autre artiste peuvent s’unir pour ne plus faire qu’une seule œuvre, dont l’hétérogénéité apparente exige du spectateur qu’il élabore des liens entre les divers éléments. En cela, la peinture évoque la redéfinition du texte par Roland Barthes dans son important essai La Mort de l’auteur : comme le texte, la peinture est un « espace à dimensions multiples, où se marient et se contestent des écritures variées, dont aucune n’est originelle : le texte est un tissu de citations, issues des mille foyers de la culture[1] ». Si les œuvres plus anciennes de Thurnauer présentent des éléments de collage, dans une collision littérale entre l’espace du monde et l’espace de l’art, elle s’est récemment tournée plus exclusivement vers la peinture. L’essence de son œuvre, toutefois, demeure un processus d’imbrication. Images et textes sont juxtaposés ou superposés d’une manière qui reflète le mouvement de la pensée — comme pour nous rappeler que, dans notre monde d’après Einstein, les notions d’espace statique et de temps linéaire ne s’appliquent plus.
 
(…) Thurnauer redonne vie à la peinture en la dédiant à la qualité particulière de la conscience contemporaine. Entre ses mains, la peinture nous apporte toujours un monde, mais c’est un monde dans lequel l’observateur, la chose observée et l’espace où ils opèrent ne sauraient être séparés sans perte de sens.
 
 
 
[1] Roland Barthes, « La Mort de l’auteur », dans Le Bruissement de la langue, Paris, Seuil, 1984.
 
 
 
Eleanor Heartney, rédactrice à Artpress et à Art in America, est l’auteur de nombreux livres sur l’art contemporain. Depuis 2002, elle est la co-présidente de AICA/USA, la section américaine de l’Association internationale de critiques d’art.

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