Serial galerie

PB, 01

Claire Chevrier,

2004


Edition à tirage limité
à 12 exemplaires

 

Format 30 x 40 cm

 

Photographie couleur,
Encre Ultra Chrome sur papier luster finish,

tirage réalisé sous le contrôle de l'artiste


épreuve numérotée signée

 

 

encadrée


 contact@serialgalerie.com

 

 

800,00 €

CC-06






 

 

 

« Le corpus planétaire de Claire Chevrier ne doit s’entrevoir que dans la recherche inutile d’îlots colorés dans des zones opaques. Les îlots colorés, les tâches, sont les bricolages et les petites résistances qui échappent aux lois statistiques, aux planifications, aux intérêts. Ces petits objets visuels sont en fait les traces dessinées dans le paysage par des populations qui ont su adapter leur vision et leur approche de l’environnement urbain.

Le passé n’est plus qu’un arrière-plan sans références et seules les proximités familiale, clanique, tribale sont à même de les soustraire des formes nouvelles d’autant plus hallucinatoires que la vie sans soleil trouble la vue. »

 

François Cheval.

 

 

 

"un jour sans fin"

 extrait du texte de François Cheval , 2008 

« Paysages-Constructions », les « Villes-Constructions »  nous délivrent de nombreuses influences et des sentiments qui obscurcissent généralement le sujet. La mystique de l’industrie a disparu et avec elle la fascination pour les marques de la modernité. Les ponts ne sont plus les marqueurs du progrès, leurs structures se posent « pauvrement » comme de simples nécessités. La « rigueur » et l’ « exigence », les dieux révérés par les architectes, ont été bannis. La pureté et l’impureté de la ville sont révoquées, comme la recherche de sa vérité.
Nulle part dans le corpus de Claire Chevrier, la notion de territoire ne s’impose. Là où d’autres ont souhaité élaborer une image du paysage urbain, tel que l’on soit à même de l’identifier, en imposant des signes immédiatement reconnaissables, Claire Chevrier organise une reconstruction par la technique du rapprochement de prélèvements, de fragments, d’états des lieux. C’en est donc fini de la caractérisation et de la psychologisation du document.
Ce dont il s’agit n’est rien moins que la tentative d’établissement d’un faisceau de faits dont la mise en relation devrait être signifiante.

Claire Chevrier procède méthodiquement ; elle traverse son objet de l’extérieur vers l’intérieur pour en recevoir les signes et les signaux en ne se référant plus au modèle de la ville exemplaire (centralité, flux contrôlé des déplacements automobiles, circulation périphérique, techniques de construction, réalisation d’unités fonctionnelles d’habitation). Le cheminement dans l’incertitude est la seule évidence dans un univers sans droit qui se nourrit du plein et du vide ou plutôt du construit (le plein) et du constructible (le vide). Pénétrer dans cet objet, qui, répétons-le n’est pas à caractériser, constitue une opération difficile. Le faubourg n’a de réalité qu’éphémère puisque la banlieue dans cette nouvelle configuration s’étend indéfiniment. La vue panoramique est inutile. On assiste, chaque jour, en temps réel, au débordement d’un corps chargé d’absorber l’exode rural massif[1], à l’organisation de la vie dans des conurbations aux limites imprécises, enchevêtrant les restes de la ruralité dans des zones urbaines.
...
...
Pollution, corrosion, poussières, gaz, le grand absent de la ville post-moderne, c’est le soleil. Il ne s’est pas retiré... On l’a chassé. L’industrie l’a gommé de l’image. Le photographe, qui en dépend, n’a dans cette affaire rien à se reprocher.  La photographie d’un nouveau millénaire ne serait-elle pas en train de fixer, non pas la mémoire de la transformation des villes que l’éloignement du soleil ? Le numérique accompagne sans regret cette disparition de la lumière. Sa raison d’être repose sur ce postulat, cette absence. L’expérience urbaine, pour plus d’un humain sur deux a pris une forme définitivement invariable. Celle d’un monde où les notions de proche et de lointain n’ont plus de sens. La géographie oscille entre la sécurité des objets familiers et la crainte de la frontière si proche, entre la reconnaissance des siens et l’inconstance de la lumière.
Le corpus planétaire de Claire Chevrier ne doit s’entrevoir que dans la recherche inutile d’îlots colorés dans des zones opaques. Les îlots colorés, les tâches, sont les bricolages et les petites résistances qui échappent aux lois statistiques, aux planifications, aux intérêts. Ces petits objets visuels sont en fait les traces dessinées dans le paysage par des populations qui ont su adapter leur vision et leur approche de l’environnement urbain. Le passé n’est plus qu’un arrière-plan sans références et seules les proximités familiale, clanique, tribale sont à même de les soustraire des formes nouvelles d’autant plus hallucinatoires que la vie sans soleil trouble la vue.

« L’hallucination n’est pas une perception, mais elle vaut comme réalité, elle compte seule pour l’halluciné. » Maurice M


[1] Faire face à l’afflux de paysans  et les transformer en ouvriers. Telle est la tache confiée à la mégapole. En Chine, Shenzhen ou Chongqing n’étaient, il y a vingt ans, que de petites bourgades. A l’heure où nous écrivons, elles ont dépassé les dix millions d’habitants.

[2] « Conformément à l’idéologie du marché libre, les décideurs à Calcutta ont d’ailleurs opté pour un retrait radical. La dérégulation a même pris des proportions qui dépassent de loin les rêves les plus fous du couple Thatcher-Reagan. Les feux rouges ont fait les frais d’économies budgétaires, et leurs installations électriques ont été privatisées – au sens le plus littéral du terme... ». Calcutta now ! Geert Lovink et Patrice Riemens,  in Cities on the move 2, art et architecture en Asie,  capcMusée d’art contemporain de Bordeaux, arc en rêve centre d’architecture, exposition du 4 juin au 30 août 1998, p 62.

[3] «  A Jakarta, les contrastes et antagonismes brutaux de la ville planétaire vous sautent à la figure. Le paysage est parsemé de hautes tours rutilantes et climatisées, souvent construites par de célèbres architectes étrangers. Chacune est isolée du voisinage par des clôtures, des sas de sécurité et des gardiens, mais reliée électroniquement aux grandes capitales d’Asie, d’Europe et d’Amérique. Dedans, on trouve des téléphones, des télécopieurs, des ordinateurs, des télévisions raccordées aux satellites et à CNN. Dehors, parmi les tours et les canaux pollués, des millions de gens vivent dans des villages urbains absolument sordides. »

Le Kampong planétaire, William J. Mitchell, in Cities on the move 2, art et architecture en Asie,  capcMusée d’art contemporain de Bordeaux, arc en rêve centre d’architecture, exposition du 4 juin au 30 août 1998, p 37.

[4] Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les mégapoles ne détiennent pas les bilans les plus catastrophiques en termes d’ « insécurité ». Des villes comme Port Moresby, le Cap ou La Nouvelle-Orléans ont des statistiques plus alarmantes.

[5] «  Le contraste que présentent les trois divisions de cette ville est celui que la civilisation offre dans toutes les grandes capitales ; mais il est plus heurté à Londres que nulle autre part. On passe de cette active population de la Cité qui a pour unique mobile le désir du gain à cette aristocratie hautaine, méprisante, qui vient à Londres deux mois chaque année, pour échapper à son ennui et faire étalage d’un luxe effréné, ou pour y jouir du sentiment de sa grandeur par le spectacle de la misère du peuple !...Dans les lieux où habite le pauvre, on rencontre des masses d’ouvriers maigres, pâles, et dont les enfants, sales, et déguenillés, ont des mines piteuses ; puis des essaims de prostituées à la démarche éhontée, aux regards lubriques, et ces brigades d’hommes voleurs de professions ; enfin, ces troupes d’enfants qui, comme des oiseaux de proie, sortent chaque soir de leurs tanières pour s’élancer sur la ville, où ils pillent sans crainte, se livrent au crime, assurés de se dérober aux poursuites de la police qui est insuffisante pour les atteindre dans cette immense étendue. » Promenades dans Londres, Flora Tristan, Editions Gallimard, collection Folio, 2008, pp24-25 (première édition : 1840)

[6] Bahia de tous les Saints, Jorge Amado, Club Français du Livre, 1954, p.49.

Oeuvres

Recherche

Newsletter


En savoir plus sur la Serial Galerie
Les prix affichés sur serialgalerie.com, peuvent varier en fonction du du numéro de l'oeuvre disponible à l'achat.